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TECHNOLOGIES MÉDICALES : UN ELDORADO À 200 MILLIARDS D’EUROS

  • 1 déc. 2015
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  • Catégorie : Industrie
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  • Auteur : Revue HEC
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Secteur atomisé, au croisement de multiples savoir-faire, l’industrie des technologies médicales est en perpétuelle évolution. Avec une croissance annuelle de 5 à 7 %, son marché global pèse 200 milliards d’euros, dont 50 % issus de l’Europe et 10 % de l’Hexagone.

Quelles sont les composantes qui caractérisent cette industrie aujourd’hui ? À quels enjeux se trouve-t-elle confrontée en France comme à l’international et en particulier dans les pays émergents ? Quelles stratégies adopter pour transformer ces véritables défis en succès durables?

C’est à ces questions que nos trois intervenants, Olivier Bohuon (MBA.85), CEO de Smith&Nephew, Jean-Yves Burel, CEO de Theraclion, et Stéphane Regnault (MBA.86), président de Vygon et président du SNITEM (Syndicat national de l’industrie des technologies médicales), ont accepté de répondre en compagnie de nos camarades d’HEC Santé, ainsi que de ceux de XMP-Biotech invités pour l’occasion.

Définies comme “tout ce qui n’est pas médicament”, les medtechs comprennent les produits consommables et implantables (comme les cathéters de Vygon ou les prothèses de genou ou de hanche de Smith&Nephew), le matériel réutilisable et les équipements médicaux (tel l’Echopulse de Theraclion). En France, les cinq mille entreprises qui les conçoivent forment un maillage constitué à plus de 90 % de PME. Les cycles de vie des produits demeurent courts ; les innovations sont pour la plupart incrémentales, le domaine de l’imagerie étant celui qui a le plus progressé dernièrement. Le rôle de l’utilisateur reste clé ; de fait, la nature du produit induit souvent une structuration spécifique de l’organisation des soins.

UNE RÉGLEMENTATION SCLÉROSANTE (EN FRANCE)

Les déficits des systèmes de santé ont conduit à des budgets sous contrainte alors que l’environnement réglementaire ne cesse de bouger. Si le marquage CE demeure une des normes de référence, la réforme qui s’annonce pourrait se révéler délicate à mettre en œuvre pour les industriels. Sous pression depuis les affaires Médiator et PIP en particulier, les agences réglementaires (TÜV, FDA…) se trouvent plus ou moins assujetties à une obligation de résultat. Le niveau de réglementation qu’elles imposent varie d’un pays à l’autre ; il ne faudrait toutefois pas qu’un renforcement excessif de leurs exigences ou le passage successif obligé par plusieurs d’entre elles provoquent un ralentissement du rythme d’innovation soutenu du secteur, en rendant l’accès au marché de plus en plus difficile.

C’est pourtant ce que l’on observe d’ores et déjà en France où l’obtention du remboursement correspond à un cheminement laborieux, qui le devient encore plus lorsqu’il convient d’associer un acte médical au produit que l’on souhaite mettre sur le marché. De là à penser que limiter l’accès au marché des produits de santé servirait à réguler les dépenses de santé… Quoi qu’il en soit, le résultat, au final immanquablement dissuasif, ne s’est pas fait attendre : Vygon commercialise plus aisément ses cathéters de dernière génération en Inde, Theraclion porte 80 % de son effort commercial hors de France, et Smith&Nephew cible l’Allemagne comme marché-clé en Europe pour l’ensemble de ses produits. Cette situation très française explique aussi la faible structuration du tissu industriel : peu ou pas de success-stories en France – donc pas de grands groupes français de medtech –, et bon nombre des petites sociétés formant ce tissu qui font l’objet d’acquisitions par de grands groupes américains toujours à l’affût de technologies innovantes.

LES COÛTS AU CŒUR DES CONTRAINTES

Si la complexité, voire la sévérité, de l’environnement réglementaire est pour beaucoup le fait de la France – du moins en Europe –, la contrainte sur les coûts de santé reste la préoccupation commune quelle que soit la zone géographique concernée. Face à une démographie mondiale croissante associée à un vieillissement de la population et à des patients mieux informés donc plus exigeants (d’où une augmentation potentielle des dépenses de santé), toutes les nations se trouvent plongées au cœur d’un paradoxe qui les invite à un changement de modèle.

Pour les pays développés, cela veut dire la nécessité d’une meilleure qualité des soins indissociable d’un contrôle des coûts. Cette refonte peut s’exprimer selon différents axes : accroissement de la prise en charge par le secteur privé, détection précoce des pathologies, mutualisation des ressources par l’usage de la télémédecine notamment, promotion du tourisme médical, et développement de l’ambulatoire limitant les durées d’hospitalisation et permettant ainsi la réallocation des budgets à l’optimisation des plateaux techniques hospitaliers.

Pour les pays émergents, cela implique la mise en place de réseaux de soins, tout en segmentant les géographies et en définissant de nouveaux rôles pour les personnels soignants.

MARCHÉS ÉMERGENTS : CROISSANCE ORGANIQUE OU CROISSANCE EXTERNE ?

Mais que penser aujourd’hui de ces pays émergents, qui assurent la croissance mondiale, quand on est un industriel du secteur des technologies médicales ? Face à des marchés matures fonctionnant au ralenti, la part des marchés émergents va continuer à croître, et ce aussi bien pour les laboratoires pharmaceutiques que pour les fabricants de matériel médical. Le premier bilan que l’on peut dresser des actions menées dans et vers les pays émergents par les industriels du secteur soulève quelques questions, que l’on raisonne en termes de croissance organique ou externe. Cette dernière appelle d’ailleurs à la prudence car elle nécessite des investissements importants dont les multiples élevés sont parfois difficiles à justifier, d’où une indispensable accélération des activités acquises de façon à rentabiliser au plus tôt. Une fois les acquisitions concrétisées, quid de la conformité ? Quels que soient les obstacles rencontrés, il ne faut pas avoir peur de procéder à un “grand nettoyage” avec une “tolérance zéro”, de façon à s’assurer du respect des standards éthiques. Une implantation locale facilite la compréhension des enjeux réglementaires.

D’un point de vue ressources humaines, les fortes populations, qui sont le lot des pays émergents, ne sont pas forcément synonymes d’abondance de personnel qualifié et fidèle ; aussi l’effort est-il à concentrer sur la conservation des collaborateurs pertinents tout en les incitant à surperformer, sans chercher pour autant à aligner leurs niveaux de rémunération sur ceux pratiqués dans les pays développés. De plus, les business models adaptés aux marchés matures sont rarement adaptables aux marchés émergents, d’où l’obligation de créer des modèles économiques spécifiques à même de répondre aux besoins des marchés locaux, à l’instar par exemple de GE Healthcare qui propose des produits customisés, un peu moins sophistiqués, à bas prix. Le rétablissement de la rentabilité des marchés émergents passe par une amélioration des opérations.

Enfin, la concurrence locale est agile ; pour la contrecarrer, les structures à mettre en place doivent pouvoir bénéficier d’une autonomie locale de même ampleur avec un support centralisé ciblé. Produits et business models ad hoc sont les clés du succès dans ces environnements prometteurs, mais l’on doit garder en mémoire que la croissance organique est le fruit d’un long processus et que la croissance externe, coûteuse, impose inévitablement une transformation de la qualité des opérations pour un retour rapide à la rentabilité.

Le secteur des technologies médicales est “à conquérir, tant médicalement que géographiquement”, son avenir est ouvert. Les enjeux auxquels il est confronté et les stratégies à adopter varient selon les zones géographiques, avec une déclinaison sous l’angle pays développés versus pays émergents. Ces derniers présentent toujours une attractivité indéniable qui les rend incontournables encore aujourd’hui.

 

“LES TECHNOLOGIES MÉDICALES (MEDTECHS) SONT “TOUT CE QUI N’EST PAS MÉDICAMENT”, COMME LES PRODUITS CONSOMMABLES ET IMPLANTABLES.”

 
90 %
 

des 5000 entreprises françaises de medtech sont des PME.

Auteur :
Revue HEC

Staff

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