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MATIN HEC AVEC PATRICK KRON - 26 JANVIER 2017

  • 13 avr. 2017
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  • Catégorie : Rencontres & événements
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  • Auteur : Revue HEC
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MATIN HEC AVEC PATRICK KRON - 26 JANVIER 2017
PATRICK KRON, PRESIDENT DE TRUFFLE CAPITAL
L'EX PATRON D'ALSTOM DEFEND SA LIGNE DE CONSUITE





Critique à l’égard de l’état actionnaire, le nouveau président de Truffle Capital fustige le populisme et prône une préférence nationale raisonnée.

Sauveteur ou fossoyeur ? Même s’il est parti depuis un an d’Alstom et s’il se présentait le 26 janvier aux Matins HECChallenges en qualité de président du fonds Truffle Capital – un rôle qu’il assume depuis octobre –, Patrick Kron, 63 ans, n’a pas échappé à la question de son bilan chez Alstom. La vente de la branche énergie à l’américain General Electric avait provoqué un psychodrame national. Revenant sur ce choix difficile, effectué après avoir “essayé toutes les autres options”, Patrick Kron persiste et signe. Cette solution était, dit-il, la seule possible pour pérenniser l’avenir de son groupe. Sa hantise ? Eviter que ne se répète le drame de 2003, lorsqu’il avait dû restructurer Alstom dans la douleur et le délester de 50 000 emplois. “Quand j’ai fait cet accord avec GE, Alstom n’était pas à l’agonie. Il était juste sur un toboggan et le déclin se serait accéléré. La solution personnelle la plus facile aurait été de prendre gentiment ma retraite et de voir mon successeur se planter parce qu’il était alors trop tard pour prendre les mesures qui s’imposaient.” Le groupe industriel français, rappelle Patrick Kron, était confronté à un problème de “taille critique” : il n’avait pas les moyens de rivaliser dans l’énergie face à des mastodontes. “Je rappelle quand même qu’Alstom cotait entre 5 et 10 milliards en Bourse, Siemens 80, General Electric 350.” Recentré sur ses activités ferroviaires, le nouvel Alstom se porte bien, souligne son ancien patron. “Montebourg a dit que la cession de l’activité énergie allait planter le reste de l’activité, c’est-à-dire le ferroviaire. Mauvaise pioche. Jamais, depuis deux ans, il n’y a eu un tel niveau de commandes, notamment internationales, pour l’activité ferroviaire d’Alstom.” Tout en se défendant de polémiquer, il ne résiste pas à bon mot sur son ancien adversaire : “A force de fabriquer des placards, il va se retrouver dedans. » Mais il ne s’attarde pas sur la menace de fermeture du site historique de Belfort, sauvé in extremis par une commande de rames TGV par l’État. Quant à la polémique soulevée par sa prime de départ (4,4 millions d’euros), Patrick Kron la balaie d’un revers de main : une rémunération votée dans un premier temps de façon “transparente”. Puis retoquée par le vote de l’assemblée générale en juillet 2016, opposée à 62 % à sa prime. Comment expliquer ce revirement ? Par un “coup de pied de l’âne de l’État”, qui ne l’a “ni choqué ni blessé”. D’ailleurs, Patrick Kron rend à l’État actionnaire un hommage à sa sauce. Piquante. “C’est bien d’avoir des actionnaires de long terme, mais si on ne sait pas où l’on va, on risque de se retrouver nulle part.” Le problème, estime-t-il, c’est que l’État est soumis à des contraintes “trop complexes pour orienter une entreprise”. Et le pire, c’est lorsque la politique s’en mêle : dicté par des considérations d’alliance au sein de la gauche, le choix récent de fermer Fessenheim est “terrible”, juge ainsi l’ex-PDG. “Il y a une différence fondamentale entre la politique et l’économie, qui s’appelle le taux d’actualisation. Pour un politique, un problème décalé, c’est un problème réglé. Pour un industriel, c’est un problème qui s’aggrave.” Alors que la planète voit avec effarement la première puissance éco-nomique se replier sur ses frontières, Patrick Kron plaide pour des marchés ouverts. Le protectionnisme est pour lui “l’ennemi de l’emploi”. La moitié des 18 000 salariés d’Alstom travaillent pour l’exportation, rappelle- t-il. “Ce populisme débile consistant à imaginer qu’on peut se retrancher derrière des murs tout en continuant à exporter, ça ne marche pas.” Patrick Kron prône une “préférence nationale raisonnée”, prenant la forme de partenariats. “Les grands succès technologiques d’Alstom ont été liés à des partenariats avec des grands clients français”, rappelle-t-il.

UN INDUSTRIEL MUE EN FINANCIER

Très à l’aise pour défendre son bilan, l’industriel au tempérament volcanique l’est beaucoup moins pour parler de son nouveau rôle. “Je ne comprends pas grand-chose à la finance et encore moins au capital-risque”, plaisante-t-il. Une réalité qui semble perdurer six mois après son intronisation. Pourquoi avoir rejoint Truffle ? Attiré par “la possibilité d’être en contact avec des gens qui réfléchissent à des technologies de rupture”, il raconte avoir été séduit par le modèle atypique de ce fonds d’investissement. “Truffle a une approche originale qui consiste à partir très en amont, souvent avec des participations majoritaires.” Et pour un homme qui avoue ne pas aimer l’échec, le track record de Truffle était aussi un bon argument. “Sur 80 sociétés, le fonds enregistre un taux d’échecs étonnamment bas”, dit-il. A-t-il tissé des liens particuliers avec les sociétés du fonds Truffle – Carmat, Pharnext, Credit.fr ? Son arrivée chez Truffle a-t-elle été liée à une rencontre forte ? Sur ces questions, l’auditoire reste sur sa faim. Peut-être le major de l’X n’a-t-il pas encore fait le deuil de sa vie d’industriel. •
 
Par Alice Mérieux, Challenges


Son parcours 1973 Major de Polytechnique 1984-88 Directeur d’usine, PDG de Péchiney Électrométallurgie 1993 Membre du Comex de Péchiney et PDG de Mersen 1995 COO d’American National Can (Péchiney) 1998 Président du directoire d’Imerys 2003 PDG d’Alstom 2016 Président de Truffle Capital


                                                           
 
Auteur :
Revue HEC

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