Accès membre

fr

MATIN HEC AVEC GUILLAUME PEPY - 30 NOVEMBRE 2016

  • 10 févr. 2017
  • -
  • Catégorie : Rencontres & événements
  • -
  • Auteur : Revue HEC
  • -
  • Vu : 733 fois
MATIN HEC AVEC GUILLAUME PEPY - 30 NOVEMBRE 2016

 

GUILLAUME PEPY, PRÉSIDENT DE LA SNCF
ANNÉE NOIRE OU PAS, LE PATRON DE LA SNCF NE CHANGE PAS DE VOIE !

Attentats, inondations, grève… 2016 n’a pas ménagé le président de la SNCF, qui a même songé “un instant” à démissionner. Mais, en fidèle serviteur de l’Etat, il reste et défend tous les dossiers.

S’il y a un truc qui énerve Guillaume Pepy, c’est bien le “SNCF bashing”. Le PDG de la compagnie ferroviaire ne ratant jamais une occasion d’y faire allusion, on ne s’étonne donc pas qu’il démarre d’emblée sur ce thème, le 30 novembre, devant les invités des Matins HEC-Challenges : “Critiquer les compagnies de train, c’est un sport national qui touche tous les pays du monde, constate-t-il. Mais cela nous oblige à être toujours plus à l’écoute de nos clients.” Or cela tombe bien : la direction a annoncé la veille qu’elle allait désormais rembourser les billets de train des passagers ayant subi un retard de plus de trente minutes, quel que soit le motif, y compris la grève ! La mesure est imposée par la législation européenne, mais seulement à partir de une heure de retard. La SNCF se montre donc plus généreuse encore. “Cette décision va nous coûter cher – plusieurs dizaines de millions d’euros, reconnaît son patron. Mais il s’agit d’un investissement qui crédibilise notre engagement.” De l’engagement, il en aura fallu une extradose cette année au patron de la SNCF, qui paraît soulagé de la voir se terminer bientôt. Même si le job n’a jamais été une sinécure, 2016 aura été, dit-il, “the perfect storm” (la tourmente absolue). Une année plombée par les attentats de Paris et de Nice, les inondations, les vingt quatre jours de grève des cheminots (les plus longues de l’histoire de la maison). Sans parler du coup de grâce porté par le gouvernement contre la réforme de l’organisation du travail des cheminots défendue pendant des mois par Guillaume Pepy, et qui lui laisse peu de marge de manœuvre pour être compétitif face à l’arrivée de la concurrence pour les trains de voyageurs en 2019. S’il veut bien avouer avoir songé “un instant” à démissionner au printemps dernier, le fidèle serviteur de l’Etat se refuse en revanche à critiquer publiquement la décision de l’exécutif. “Il est toujours difficile pour un actionnaire public obligé de prendre des décisions à court terme d’arriver à exercer son rôle de stratège”, se contente d’analyser ce fin connaisseur du fonctionnement des cabinets ministériels.

DEVOIR DE RÉSERVE

Décidément très prudent, le PDG de la SNCF ne tient pas non plus à revenir sur l’affaire des quinze TGV commandés par l’Etat pour sauver le site d’Alstom à Belfort il y a deux mois, malgré le tollé général. “Ce n’est pas au chef d’entreprise publique que je suis de commenter les décisions du gouvernement, se défend il. Tout en admettant que le “contribuable Pepy”, lui, aurait sans doute beaucoup plus à en dire… C’est avec la même philosophie qu’il défend la prochaine ouverture, en juillet, de la nouvelle ligne à grande vitesse (LGV) entre Paris et Bordeaux (en deux heures et quatre minutes), dont il a longtemps combattu le modèle économique. “Ce sera un succès commercial, mais une cata pour la rentabilité du groupe”, rappelle-t-il, du fait du coût trop élevé des péages imposé par le gestionnaire privé de l’infrastructure, Vinci, et du trop grand nombre d’arrêts du TGV exigés par les élus sur la ligne. Soit l’inverse du modèle japonais, argumente-t-il : “Le Shinkansen parcourt sans arrêts 300 kilomètres entre des grandes villes. En France, on doit desservir 183 gares. Le train s’arrête parfois pour prendre douze passagers, comment voulez-vous que cela soit rentable ?”

 

STRATÉGIE DE RECONQUÊTE

Vu le contexte, ce n’est peut-être pas la ligne Paris-Bordeaux qui est la plus préoccupante dans l’esprit du patron de la SNCF : en 2016, il manquera plus de 800 millions d’euros de chiffre d’affaires (sur un total de 32 milliards) du fait de la baisse de la fréquentation et des grèves. Même s’il promet que le groupe sera “dans le vert” à la fin de l’année grâce à une stricte discipline financière, tout baisse en France : les TGV, TER et trains d’équilibre du territoire (TET). Face à ce sérieux problème de désaffection du train, concurrencé par la voiture, le patron a engagé une nouvelle stratégie de reconquête. Inspirée par le modèle des compagnies aériennes low cost. “Il y a des gens qui accordent moins d’importance au temps qu’à l’argent, observe Guillaume Pepy. C’est pourquoi nous déclinons notre offre à bas coût, Ouigo (TGV), Ouibus (autocars) et OuiCar (autopartage), en parallèle au produit TGV, qui reste notre flag carrier, comme dans l’aérien.” A terme, la gamme Oui devrait représenter 25 à 30 % de l’offre totale du groupe, estime le patron, et pourrait concerner les trains régionaux et les trains Intercités (ex-Corail).
Interrogé sur les patrons d’entreprise qui l’inspirent, Pepy dit vouloir poursuivre son œuvre de transformation de la SNCF à la façon d’Isabelle Kocher, championne de la transition énergétique à Engie. “Avec une vision à dix ou vingt ans, parfois incomprise au début parce qu’elle ne fait pas forcément gagner de l’argent tout de suite, mais nécessaire pour s’adapter à son temps.” Sur le papier, il en a encore le temps, son mandat expirant en 2020. Mais, dans sa tête, who knows ?

Par Pauline Damour, Challenges





SON PARCOURS
 1984 Diplômé de Sciences Po et l’ENA – auditeur au Conseil d’Etat 1988 Conseiller technique au cabinet de Michel Charrasse ministre délégué chargé du Budget 1988 Directeur du cabinet du président du conseil d’administration de la SNCF 1990 Directeur de cabinet de Michel Durafour ministre de la Fonction Publique 1991 Directeur de cabinet de Martine Aubry ministre du Travail 1993 Directeur de la stratégie de la SNCF 1995 Directeur général adjoint chargé du développement du groupe Sofres 1997 Directeur des grandes lignes de la SNCF 1998 Directeur général délégué de la SNCF 2001 Chevalier de la Légion d’Honneur 2003 Directeur général exécutif de la SNCF

Auteur :
Revue HEC

Staff

Commentaires

Veuillez vous connecter pour lire ou ajouter un commentaire