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LE DIGITAL S’IMPOSE EN SANTÉ

  • 8 janv. 2016
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  • Catégorie : Industrie
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  • Auteur : Revue HEC
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Hôpital connecté, téléconsultation, téléradiologie, pharmacie du futur, pilulier connecté, applications pour le suivi des patients… Du simple bien-être au domaine réellement médical, la santé vit une transformation sans précédent. Après un démarrage poussif, la santé connectée est en train d’exploser. Pourquoi et comment le numérique s’impose-t-il maintenant ?

Si la médecine curative collective, portée par l’hygiène et la pharmacologie, a caractérisé la santé des années 1930 à nos jours, elle a laissé progressivement la place depuis les années 2000 à une médecine préventive et curative personnalisée, en pleine ère du numérique – et donc de la santé connectée, des Big Data, des GAFA et de la génomique – synonyme pour certains d’une espérance de vie appelée à tutoyer les 120, 150, 300 voire 1000 ans. De manière plus réaliste, ou assurément plus immédiate, entre les services à finalité commerciale et les pratiques des professions réglementées en santé, ont fleuri une multitude d’outils supports, notamment mobiles avec 100 000 applications santé, ainsi que des soins personnalisés. Dans le parcours de soins, alors que les maladies chroniques ont pris le pas sur les pathologies aiguës, les médecins attendent des objets connectés qu’ils leur fournissent, entre chaque consultation avec leurs patients, des données objectives quant aux agissements de ces derniers et en particulier quant au bon respect des traitements prescrits – on sait aujourd’hui que 47 % des patients atteints de pathologies chroniques deviennent tôt ou tard non observants.

La France a établi cinq priorités de déploiement sur 2012-2017, listées ici avec un degré de maturité décroissant : permanence des soins en imagerie, prise en charge de l’AVC, santé des personnes détenues, prise en charge des maladies chroniques et, enfin, soins en structures médico-sociales ou en hospitalisation à domicile. Le décret du 19 octobre 2010 définit les actes médicaux de la télémédecine, notamment la téléconsultation à distance, la téléexpertise, la télésurveillance et la téléassistance médicale. Les spécialités médicales qui prédominent en télémédecine, sur la période 2003-2014, en France comme dans le monde, sont : la psychiatrie, la diabétologie, la radiologie, le traitement des AVC, la dermatologie et insuffisance cardiaque.

TÉLÉMÉDECINE OU E-SANTÉ : QUELLE CONDUITE TENIR ?

À côté de la télémédecine, l’e-santé fait beaucoup parler d’elle. Pourtant, toutes deux répondent à des cadres réglementaires bien différents. La télémédecine correspond à un acte médical via les TIC, alors que l’e-santé est plutôt associée à une prestation de santé, un service. Aussi, dans le premier cas, des textes spécifiques français (2009 et 2010) doivent s’appliquer alors que seules la directive européenne sur l’e-commerce (2000) ou la loi sur l’économie numérique (2004) concernent l’e-santé. Mais quid des objets connectés ? Si l’objet connecté est qualifié ou qualifiable de dispositif médical (DM) – à finalité diagnostique ou thérapeutique –, la réglementation du DM doit être envisagée, notamment la matériovigilance et le marquage CE plus le droit commun (responsabilité des produits défectueux). Si l’objet connecté n’est pas qualifié de DM, comme c’est le cas du bien-être, seul le droit commun est à considérer. Pour les produits frontières, une analyse rigoureuse doit être conduite afin de déterminer si une assimilation à un DM fait sens. On l’aura compris, le besoin d’harmonisation est criant, légiférer sur ces questions devient urgent.

LA GESTION DES DATA EN QUESTION

Télémédecine, e-santé, objets connectés… génèrent des data, et ce en grand nombre. On estime que d’ici 30 ans ces données équivaudront à 2650 milliards de dollars de valeur ajoutée pour l’économie mondiale. Mais comment les gérer ? Plus la donnée est identifiable, plus elle doit être protégée. L’enjeu consiste donc à qualifier les données collectées par les objets connectés. La donnée est considérée comme personnelle si la personne physique peut être identifiée directement ou indirectement. La donnée de santé est sensible en France, qui ne peut être recueillie ni traitée sauf si le patient a donné son consentement exprès et si un intérêt public le justifie. La protection des données doit obéir à sept principes : finalité, pertinence, transparence, conservation, sécurité et confidentialité, droit des personnes et libre circulation. Quant à leur stockage, il ne peut être réalisé que chez un hébergeur agréé. Les peines encourues en cas de non-respect de la législation sont lourdes. On attend de la nouvelle loi de santé des précisions visant à plus de cohérence.

ÉTABLISSEMENTS DE SANTÉ CONNECTÉS, OFFICINES CONNECTÉES

La clinique Pasteur de Toulouse, troisième établissement de santé privé en France, cherche à développer des systèmes informatiques selon trois axes : apporter des outils favorisant une meilleure prise en charge du patient lors de son hospitalisation (dossier patient, prescription connectée, identitovigilance…), permettre les connexions interétablissements au moyen de dispositifs communicants entre professionnels de santé (logiciel de bloc opératoire pour les interventions à distance, télécardiologie…), et concevoir des dispositifs médicaux à destination du patient. L’évaluation des différents outils créés se fait de façon très empirique puisque l’utilisation pérenne par le terrain valide leur raison d’être au sein de l’établissement mais aussi potentiellement au sein d’autres établissements.

Etiam, opérateur global de télémédecine créé en 1997, propose quant à lui de rendre opérant en télémédecine, en une demi-journée tout au plus, tout établissement de santé qui le souhaite, et ambitionne le “One-Click” Telemedicine. La pharmacie se connecte elle aussi : le projet Sympad, développé par la société portant la plateforme Médecin Direct, se présente comme un système de monitoring médicalisé en pharmacie ou au domicile.

ET L’INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE ?

Les laboratoires pharmaceutiques ont adopté un modèle de développement de produits et de solutions en santé, associant à leurs démarches des partenariats noués avec des entités maîtrisant des technologies qui ne constituent pas celles de leur cœur de métier. C’est l’approche stratégique choisie par Sanofi. Trois exemples de solutions e-santé mises au point par cette “big pharma” : ArthMouv, application gratuite destinée aux patients souffrant d’arthrose du genou ; NutriDial, conçue pour les patients dialysés ; et Mon Glucocompteur, pour les patients diabétiques. Sanofi a aussi développé avec plusieurs partenaires un pilulier connecté, Disdéo, dont les résultats des tests en living lab ont invité les différentes parties prenantes à cesser le projet. Enfin, Diabeo, bon exemple de coconstruction et première solution testée permettant d’accompagner les patients diabétiques, a fait l’objet de plusieurs études : Telediab 1 sur 6 mois, et Telesage sur 24 mois (étude en cours). Plus on s’éloigne du digital pour s’approcher de la télémédecine en passant par l’e-santé, plus les contraintes réglementaires sont lourdes (dont le niveau de preuve exigé) et plus le délai pour accéder au marché devient long.

Si le marché français de la santé connectée explose, les marchés européens et chinois sont eux aussi en plein essor. Notons toutefois ce contre-exemple bien particulier que constitue le projet de Dossier Médical Personnel (DMP) à vocation nationale qui, quels que soient le pays concerné et les financements dédiés, n’aboutit pas ; le suspens reste entier quant à la prochaine version du DMP français dont l’avancement vient d’être confié à l’Assurance Maladie.

 
 

LES EXPERTS

La table ronde "SANTE NUMERIQUE, TELEMEDECINE ET OBJETS CONNECTES" du Club HEC Santé et du Club HEC Technologies Avancées s’est tenue lundi 22 juin 2015 dans l’Auditorium de l’Hôpital Américain de Paris avec la participation de :

Jean-Marc Bourez, Esanté, Direction Performance et Innovation, Sanofi France ; Président, Commission TIC & Santé Paris Région (Cap Digital, Medicen, Systematic)

Olivier Geoffroy, Directeur Informatique, Technique et Logistique, Clinique Pasteur-Toulouse

Eric Le Bihan, Président, Etiam

Pierre Simon, Président, Société Française de Télémédecine

Claudio Spera, Medical Affairs Franchise lead Pharma Europe, Middle East & Africa, Alcon-Novartis

Lina Williatte-Pellitteri, Professeur, Faculté Libre de Droit-Lille ; Avocat, DLA Piper

 
Auteur :
Revue HEC

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