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INDUSTRIE PHARMA : VERS QUEL FUTUR ?

  • 17 déc. 2015
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  • Catégorie : Industrie
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  • Auteur : Revue HEC
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Après des vagues successives de fusions-acquisitions, une redistribution des forces géographiques consécutive au raz-de-marée engendré par l’entrée en scène des pays émergents et l’espoir de relais de croissance issus de la mise en place de stratégies de diversification adoptées par un grand nombre d’acteurs, quel avenir anticiper pour l’industrie pharmaceutique ?

Que penser de la situation de cette industrie aujourd’hui ? À quels enjeux doit-elle faire face ? De quel virage technologique parle-t-on ? L’arrivée dans le secteur de la santé des Google, Apple et consorts constituerait-elle une menace ? De quels compétences et savoir-faire l’industrie pharmaceutique devra-t-elle se doter pour gagner dans cinq à dix ans ? C’est à ce tour d’horizon actuel et futur que nos quatre intervenants, Philippe Barrois (MBA.85), président de Novartis Pharma SAS, Vincent Bildstein (H.94), président d’IMS Health France, Patrick Errard, directeur général d’Astellas Pharma et président du Leem, et Cyril Titeux (MBA.92), président de Janssen France, ont accepté de se livrer devant un auditoire de plus de 200 participants..

TOUR D’HORIZON

1000 milliards de dollars, c’est la taille du marché de l’industrie pharmaceutique dans le monde fin 2014, avec une croissance continue attendue pour les années suivantes : en moyenne 2 à 5 % par an pour les pays matures et 9 à 12 % pour les pays émergents sur la période 2014-2018, soit une contribution de 60 % en valeur générée par ces derniers. Les États-Unis représenteront en 2018 la plus belle part de marché (32 %), tandis que la Chine aura vu la taille de la sienne passer de celle de la France à celle des cinq plus grands pays européens réunis (14 %) en l’espace de sept ans. Les trois grands segments (princeps, génériques, consumer health) sont dynamiques dans ces marchés émergents fragmentés, alors que seuls les génériques sont synonymes de croissance dans les marchés matures, relativement atones. Toutefois, la croissance est attendue en 2018 dans les pays développés aussi bien pour les produits de médecine générale que pour les produits de spécialité. Quant aux produits biologiques, ils comptent pour 15 % du marché mondial. Dans ce paysage, les “top 10” de la pharma souffrent et au final sous-performent, y compris dans les pays émergents où seuls les acteurs locaux tirent vraiment leur épingle du jeu. Les big pharma se sont tournés dans les années 2000 vers des projets de diversification, espérant ainsi créer de la croissance, mais ils cherchent à se recentrer depuis 2010-2012, que ce soit par la vente ou la filialisation de segments d’activité, par la refocalisation sur les aires thérapeutiques ou encore par la définition de portefeuilles de produits par pays.

VECTEURS DE RUPTURE ET ENJEUX

Dix vecteurs sont annoncés par IMS Health, préfigurant de possibles changements de modèle sous cinq ans :

1. la ruée des entreprises technologiques sur le secteur santé,

2. la nécessité de revoir le système de financement dans le cas de traitements onéreux et à destination d’un volume important de patients, comme celui de l’hépatite C,

3. la disponibilité de vaccins majeurs,

4. l’accessibilité des produits biologiques dans les pays émergents,

5. la publication des données de santé par les gouvernements permettant une observation en vie réelle,

6. un retour de la croissance des dépenses de santé dans les pays développés,

7. la modification du modèle de prise en charge par une analyse de la valeur totale des solutions thérapeutiques

8. la prise en considération des coûts des traitements en regard des bénéfices par les professionnels de santé,

9. la décision de la Chine de procéder à une remontée des prix,

10. la consolidation de mégagroupes d’achats qui impacteront les marchés.

De plus, les génériques commencent à saturer sur certains territoires et ne contrebalanceront plus les dépenses alors que le levier des biosimilaires appelés à leur succéder n’est pas encore actif. Ce qui pose doublement la question du financement de l’innovation, dont l’expansion est telle qu’elle ne peut plus être compensée par un effet volume ni par un effet génériques. Mais le coût de l’innovation constitue-t-il un frein réel ? L’efficience thérapeutique correspond à un coût certes, néanmoins légitime car procurant traitement, guérison et bien-être ; le déséquilibre en termes de coût vient plutôt du médicament qui ne marche pas, qui induit des effets secondaires, incorrectement prescrit ou mal utilisé.

Un usage plus responsable, notamment par une meilleure observance, conduirait à des économies substantielles puisque estimées à près de 200 milliards de dollars rien que pour les États-Unis. La valorisation des économies réalisées, quelle qu’en soit l’origine, représente par ailleurs un véritable enjeu vis-à-vis des payeurs qui ne les perçoivent pas toujours à leur juste mesure car diluées dans le système.

LE VIRAGE TECHNOLOGIQUE

Les produits de demain : des combinaisons, comme un biomarqueur plus un médicament (cancer du sein, cancer du poumon à petites cellules…), des associations physique et chimie, comme les implants mixtes nanotech-molécule (tumeur musculaire maligne…) ou la télémédecine permettant un suivi thérapeutique ad hoc (diabète…). Seule une composition de l’ensemble n’est pas encore à l’ordre du jour, mais pourra le devenir pour les entreprises qui auront investi dans tous ces domaines, d’où de nécessaires alliances avec des structures maîtrisant ces différentes technologies et la survenue tôt ou tard de la question de l’intégration. Autre aspect du virage technologique : la thérapie personnalisée, dans laquelle les cellules immunitaires du patient sont transformées, multipliées puis réinjectées, ce qui impose d’avoir à proximité des patients des laboratoires d’envergure compétents. Enfin, la quantité d’informations à disposition du prescripteur pour l’aider dans sa décision thérapeutique va aller croissant ; les outils et le support dont il pourra bénéficier ne relèvent pas du cœur de métier de l’industrie pharmaceutique, qui pourtant gagnera à s’intéresser au plus près aux data qui seront compilées et aux logiciels qui seront créés dans cette optique.

Les entreprises technologiques représenteront-elles un danger pour la pharma ? Objets connectés, big data, génomique, etc. font partie intégrante de l’arsenal technologique dévolu au domaine de la santé. Si ces technologies pourront prévenir, elles ne traiteront pas le patient. La découverte et le développement de substances actives demeureront l’apanage de l’industrie pharma. Les alliances sont donc préconisées, à l’instar des partenariats instaurés entre Novartis-Alcon et Google pour les lentilles connectées mesurant la glycémie par exemple, ou encore Johnson & Johnson et IBM via son système d’intelligence artificielle Watson pour l’aide au diagnostic.

ET POUR GAGNER DEMAIN ?

L’industrie pharmaceutique devra se doter de compétences et de savoir-faire spécifiques. La première compétence, fondatrice et déterminante, est la capacité à rechercher des opportunités externes, à nouer des partenariats et à comprendre et travailler ensemble à la mise au point de solutions innovantes. Tout ce qui relève de la médico-économie, de l’économie de la santé, prendra un poids de plus en plus important ; être habile dans ce domaine constituera une priorité. Enfin, le déficit d’image dont pâtit l’industrie pharmaceutique aujourd’hui doit faire l’objet d’un travail à la fois individuel et collectif afin de restaurer la crédibilité qui lui incombe. L’excellence créative ne viendra que de l’humain. “Aller chercher la compétence dans la tête et le cœur des hommes” reste et restera la clé.

 

LES GÉNÉRIQUES COMMENCENT À SATURER SUR CERTAINS TERRITOIRES ET NE CONTREBALANCERONT PLUS LES DÉPENSES ALORS QUE LE LEVIER DES BIOSIMILAIRES APPELÉS À LEUR SUCCÉDER N’EST PAS ENCORE ACTIF.

 
1000
milliards de $

c’est la taille du marché de l’industrie pharmaceutique dans le monde fin 2014

14 %
 

C’est, pour l’industrie pharmaceutique, la part de marché de la Chine attendue en 2018 (qui sera passée de la part de la France à celle des cinq plus grands pays européens réunis en l’espace de sept ans).

Auteur :
Revue HEC

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